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Peur et confiance 4/5

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Nous avons vu comment le cerveau peut soudain être sous le pouvoir de l’amygdale et produire chez l’individu une réaction émotionnelle totalement incontrôlée de joie, d’audace, de peur ou de violence. Tout se passe comme si, à l’époque de la communication globalisée, les images et les informations circulant par millions et sans discontinuer sur nos téléviseurs et nos écrans d’ordinateur produisaient des signaux qui pouvaient s’emparer des centres nerveux de sociétés et de collectivités entières. Le mariage entre la lourde charge psychologique (pas toujours consciente) des informations qui nous parviennent du monde entier par différents canaux, d’une part, et le stress de la vie quotidienne, le manque de temps pour réfléchir, lire et essayer de comprendre, le sentiment d’insécurité et les frustrations, d’autre part, fragilise le «corps social» «cerveau social» – et le rend fébrile.

D’une société à l’autre, selon les sujets sensibles et les controverses de l’heure (il s’agit parfois de phénomènes planétaires), on assiste à des réactions collectives et l’on constate que les symptômes qui étaient visibles chez un individu sous l’emprise d’une charge émotionnelle sont les mêmes que ceux que l’on peut identifier dans la collectivité sociale. Des phénomènes incontrôlés se répandent comme une traînée de poudre sous l’effet de l’actualité, d’une controverse (orchestrée ou non), d’une déclaration, d’un accident ou d’une simple rumeur. La société et le débat public semblent tout à coup s’agiter sous le coup de la passion et une effervescence s’installe qui peut parfois aller jusqu’à l’hystérie collective : les réactions sont imprévisibles, les gens ont de moins en moins la capacité d’écouter et d’entendre les arguments, les jugements et les conclusions manquent souvent de logique et sont lancés à l’emporte-pièce, l’émotivité collective s’impose par la force et la vérité du nombre et de l’instantané. La démocratisation amplifiée de l’émotion a souvent raison de la nécessaire démocratisation de la raison, collective et raisonnable, et du débat d’idées. Nous vivons une époque dangereuse où les technologies planétaires sont des instruments dont le pouvoir nous échappe et qui peuvent exercer un ascendant terrible sur les individus, une perte de contrôle généralisée, un vrai « coup d’État émotionnel » collectif pouvant aller jusqu’à la dictature de l’émotion.

Nous l’avons dit, ce que les neurologues nous ont révélé sur le fonctionnement du cerveau, nous pouvons le constater dans les collectivités : les parallèles sont troublants et parfois effrayants. Des informations stimuli provoquent une sorte de choc, une réactivité immédiate de doute, de peur et d’insécurité et la passion s’installe qui peut influencer la nature des décisions populaires. Les forces armées américaines ont mis en scène l’« affaire des pouponnières » au Koweït lors de la première guerre du Golfe en 1990 – les soldats de Saddam Hussein auraient arraché des bébés à leur pouponnière en provoquant sadiquement leur mort – afin d’émouvoir la population américaine et de la convaincre de s’engager dans la guerre. L’opération fut malheureusement couronnée de succès et les conséquences en furent des centaines de milliers de morts. Nous avons pu encore observer ces manifestations émotives après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis ou avec le renversement politique en Espagne après le séisme des attentats perpétrés à Madrid le 11 mars 2004 (la gauche fut élue en contradiction avec tous les pronostics établis quelques jours auparavant). C’est ce même phénomène d’amplification émotionnelle qui a drainé les réactions passionnées (et parfois violentes) dans les sociétés majoritairement musulmanes lors de la publication des caricatures danoises, au début de l’année 2006.

Le monde global, comme un cerveau aux multiples instances, aux pouvoirs parallèles et parfois contradictoires, subit des crises et des controverses à répétition,nationales ou internationales. Celles-ci sont des réactions à des événements-signaux, parfois fortuits, parfois instrumentalisés, qui produisent systématiquement des phénomènes de masse plus ou moins contrôlables. Ce pouvoir de l’émotion sur les collectivités (et la maîtrise de ses « moyens de production » dans les pays les plus riches avec leur armée de spécialistes en communication) est une invitation, en bonne et due forme, au populisme en politique. On n’attire plus l’électeur par la force des idées et des convictions (ou la vision de l’idéologie partagée), mais on le mobilise par l’intensité de ses peurs, de son besoin de sécurité, d’assurance, de confort, de repères et d’identités définies. Sous la pression de la communication, des médias, de la nécessaire réaction politique immédiate, il importe de rassurer, de calmer les ardeurs ou, au contraire, d’exciter les peurs. Rassurer, calmer, exciter, les mots sont en relation avec l’affect et nous voici entrés au royaume de la politique émotionnelle ou plus précisément de la politique de l’émotionnel. La technique est connue et utilisée depuis bien longtemps par les partis populistes d’extrême droite attisant les peurs, stigmatisant l’autre et glorifiant l’identité pure de la race ou de la nation. Nous assistons à une normalisation de cette technique mais également à celle de la substance même du propos politique populiste destiné à séduire l’électeur plutôt qu’à le convaincre. Cette attitude politique, qui s’intéresse davantage à l’amygdale individuelle et collective qu’au néocortex, permet, certes, de gagner des élections, mais, à long terme, elle a des effets dévastateurs sur l’avenir des sociétés et des démocraties.

Les critiques de ces perversions sont anciennes et ont été formulées par des penseurs ou des politiciens représentant l’ensemble de l’éventail des positions philosophiques et politiques. Pas toujours pour les mêmes raisons. Les milieux élitistes, aristocratiques, bourgeois ou conservateurs ont pu craindre que le peuple soit davantage mû par la passion aveugle que par la raison savante à l’exemple de Socrate, de Kant, de Nietzsche, de Tolstoï et tant d’autres penseurs (dont la sensibilité est si différente) : il fallait donc penser à des garde-fous pour protéger les bonnes décisions politiques de l’élite et des « sages » des mouvements populaires incontrôlés. L’expression ultime de cette peur du peuple est l’idéal du « despote éclairé » qui sait agir pour le bien du peuple mais sans se soumettre aux souhaits parfois contradictoires et aux élans passionnés de celui-ci : c’est le « chigalevisme » philanthropique d’Albert Camus dans L’Homme révolté qui consiste à asservir le peuple pour son bien. Dans les milieux plus enclins à lui faire confiance, des premiers humanistes de la Renaissance à Saint-Just puis aux penseurs socialistes, de Marx, Proudhon, Bakounine, Spencer à Marcuse, Noam Chomsky ou Naomi Klein (également de sensibilité très différente), on trouve cette crainte de la possible instrumentalisation du pouvoir du peuple, et aujourd’hui des moyens de communication et des lobbies, par les instances économiques et politiques. La récente « doctrine du choc » (The Shock Doctrine) élaborée par Naomi Klein repose sur cette instrumentalisation manipulatrice du pouvoir (dont celui du peuple reconnu dans les démocraties) pour protéger des intérêts particuliers et inavoués et, à terme, agir contre l’intérêt des peuples eux-mêmes.

La nature des dangers est multiple, nous le voyons. Néanmoins, à l’époque moderne, le plus grand péril réside dans les conséquences de cette nouvelle suprématie de l’émotion, de la politique émotionnelle et de la réactivité populaire instantanée. Nous avons affaire à des phénomènes de mise en alerte des populations et de réactivité émotionnelle avec leur charge d’irrationalité et de peur. Comme le sujet se sent sous l’emprise de ses émotions, la collectivité se pense en « victime » de ce qui la dérange ou apparemment l’agresse. L’époque de l’émotionnel populaire est une ère de l’attitude victimaire de masse. Dans un climat d’insécurité permanent, la présence de « l’autre », sa visibilité, ses revendications, ses luttes pour la justice et le respect dérangent et produisent un sentiment de mal-être qui justifie une surdité ou des traitements différenciés. Face à la menace du terrorisme, l’effervescence est telle que l’on a pu accepter de revoir à la baisse l’exigence du respect des droits humains et de la dignité des personnes : des traitements discriminatoires, des individus incarcérés sans jugement, des extraditions sommaires ou extraordinaires, jusqu’à la torture qui serait désormais légitime tant le danger est énorme. L’émotion octroie la possibilité à ceux qui s’estiment « victimes » d’agir au-delà du droit contre ceux qu’ils identifient comme leurs potentiels bourreaux déshumanisés.

Avec le sentiment victimaire, c’est bien sûr la déresponsabilisation qui s’installe. En réagissant aux menaces extérieures, les victimes de ces attaques peuvent blâmer l’agresseur qui ne les aime pas, ni leur simple existence, ni leur civilisation, ni leurs valeurs. La peur de l’agressé projette sur l’autre la seule justification de sa « haine » essentialiste. Nous avons donc affaire à un pur conflit d’émotions dans lequel la peur répond à la haine et il lui faut se protéger avec un dispositif intellectuel en clarifiant les termes de l’opposition et de la polarisation. Cette politique de l’émotionnel convainc les peuples, par des campagnes récurrentes, de la nécessité de ces mesures sécuritaires dues aux menaces qui rôdent alentour (et parmi nous). Elles sont le fait de cet « autre » dangereux, si loin, si près et même parmi nous : au point que nous ne sachions plus qui est « nous ». Qui sommes-« nous » ? C’est la troisième conséquence de la suprématie de l’émotion : l’obsession de l’identité. Victimes et sans responsabilité particulière dans le désordre alentour, nous ne sommes plus intéressés à parler de justice et de politique, d’ordre économique et de redistribution des richesses : tout est question de conflit de civilisations et de valeurs, d’identité culturelle et religieuse. La justice sociale et politique ne serait rien, la différence culturelle et religieuse serait tout !

On se souvient que la hiérarchie des instances du cerveau pouvait craindre les attaques de l’intérieur autant que celles de l’extérieur : toutes deux avaient les moyens de bouleverser son ordre et de le placer sous l’emprise de l’émotion qui rend passionné et sourd. Les sociétés et les peuples courent le même risque d’être tétanisés par la peur, l’insécurité, l’obsession de la protection dans l’isolement et le rejet de l’autre. Le problème est autant intellectuel que psychologique. Comment donc retrouver les chemins de la confiance, de la confiance en soi, qui passent par la connaissance, la connaissance de soi, la maîtrise personnelle et l’esprit critique ? Il s’agit de redonner la priorité au sens des choses plutôt qu’aux signaux et aux stimuli. Nos émotions ont besoin de spiritualité ; nos affects ont besoin d’être spiritualisés. Il faudrait ainsi trouver les moyens, collectivement, de célébrer les noces de l’émotion et de la raison raisonnable car il s’agit somme toute bien de cela : il n’est pas de spiritualité sans émotion, mais la première accueille la seconde quand celle ci a su épouser la part digne et noble de l’humain.

6 commentaires - “Peur et confiance 4/5”

  1. Bonjour,
    On peut supposer sans rien affirmer concrètement, que la fabrication, l’importation et l’exportation des bombes humaines qu’on dénomment communément «terroristes suicides» sont aujourd’hui aisément exploités avec les moyens techniques dont disposent actuellement la neuropsychiatrie et la neuropsychologie des organisations intéressés, sans oublier les technologies satellites. Après avoir physiquement et mentalement transformés par des méthodes appropriées de tortures et d’hypnoses à des sujets choisis, Il suffit de leur greffer des implants au moyen de la psychochirurgie, les téléguider sur n’importe quel objectif et les faire exploser, sans risque pour le manipulateur de se voir trahi. Il s’agit aussi d’influencer des sujets par contrôle mental à commettre des attentats et les liquider tout de suite après, pour éviter des interrogatoires qui pourront dévoiler la technique utilisée et dont ces sujets ont été soumis. On peut admettre á titre de simple hypothèse sans écarter la réalité, que ces attentats suicides programmées et utilisés dans les guerres indirectes pour assassiner sans distinction des populations civiles ou l’élimination de concurrents politiques, sont mis généralement sur le compte de présumés fanatiques religieux appelés vulgairement «djihadistes», afin de donner plus de crédibilité auprès d’une opinion publique asservie et alimentée quotidiennement par la terreur et l’islamophobie terroriste. Il va de soit que, sauf les incrédules et les sceptiques qui ne vivent pas avec leur temps, refuseront d’admettre ces possibilités. Ce n’est pas de la science-fiction, ces technologies dont les scientifiques militaires employés à des investigations et des essais sur des dauphins, des chiens, des singes et autres volontaires humains, étaient largement diffusés durant la guerre froide entre les partis en conflit. Il n’est pas nécessaire de se triturer les neurones pour s’imaginer ce que l’on arrive à faire aujourd’hui avec les progrès atteints de ces procédés dans le domaine des neurosciences et la génétique moléculaire du comportement. Il y a maintenant beaucoup plus d’adhérents qui pensent que Al-Qaeda n’est qu’une grossière magouille et balourdise politique arabo-occidentale crée dans le seul but pour justifier tous ces crimes dans le monde. En vérité les haines et les xénophobies que nous cultivons inlassablement envers les autres races, divulguées et soutenues par des médias véreux, nous rendent complètement aveugles et insensibles sur tout ce qui nous entoure.

  2. Une écriture plus profonde , une plume proche de l âme , des lettres vivantes qui vibrent et nous parlent infiniment . Un texte qui pétille comme jadis .

     » on finit par revenir à la source , un jour ou l autre . Toujours les sentiers les plus éloignés nous mènent a l intérieur tout a l interieur , dans l intimité , la solitude …. Entre soi et soi . La où il n est plus que Dieu et soi . Là où brille l êtes elle que Dieu a originellement insufflée dans notre cœur , là où notre conscience épouse notre être et accède a la paix , SALAM . La paix de la reconnaissance, la paix de la soumission SALAM AL ISLAM est au fond une libération….  »

    Passionnément j aime la chaleur de votre âme , que sa lumiere vous guide et vous protège . Amine .

  3. Bonsoir,

    La manipulation de nos sentiments est un moyen assez simple pour toucher un maximum de population. Elle ne fait pas de distinction. Elle touche l’affect de chaque humain, car chaque humain est réceptif à l ensemble des sentiments ( peur, joie, colère, haine….). Elle permet aux politiques de mettre en œuvre certaine décision plus que contestable, mais ils trouveront le moyen de nous les faire accepter ( problème-réaction-solution). Nous distraire, nous occuper, faire en sorte de nous détourner de la vérité, nous faire oublier les vrais problèmes de sociétés ( chômage, précarité…). En gros c’est ce que l’on appelle  » les dix stratégies de manipulation de masse ». Mais je ne vous apprendrez rien Mr Ramadan.

    Cordialement

  4. Assalâm ‘alaïkoum,

    L’instrumentation des émotions à des fins politiques, est-ce bien nouveau ? Vos textes donnent l’impression de l’existence d’un passé mythique avec la récurrence de l’usage de l’adverbe « plus ». Cette instrumentalisation ne concerne pas que des dynamiques populaires telle que le suggère vos références philosophiques; elles semblent adopter une approche élitiste et hiérarchique d’une société en congruence avec la vôtre. Je suis peut-être exclusivement critique à l’égard de vos contributions, mais personnellement, les philosophes postcoloniaux (autres que Bennabi SVP) m’inspirent davantage que votre approche et de l’islam. L’âge, la position sociale occupée influent surement sur sa perception des choses et ses prises de position. J’espère ne jamais devenir élitiste. Néanmoins, je concède qu’il y a beaucoup de travail à l’horizon pour élaborer une/des vision(s) politique(s) consistante(s), dynamique(s) et ambitieuse(s) en s’inspirant d’héritages multiples tout en se référant en premier lieu aux principes musulmans et au modèle prophétique.

  5. La maitrise et le contrôle de l’emotion ne devraient alors être qu’une affaire personnelle sinon c’est l’instrumentalisation de l’emotion et l’on perd la raison et le sens critique des choses ….et la spiritualité s’attache t elle alors dans sa pratique à comprendre et recevoir l’émotion tout en conservant et favorisant l’esprit critique pour l’intérêt individuel et collectif….peut on alors dire que la vocation de la spiritualité c’est la liberté vraie c’est à dire une liberté démocratique pacifique et critique loin du mensonge, de la manipulation, et de l’égoïsme politique, plus proche, plus respectueuse et plus à l’écoute de l intérêt individuel et collectif…..?
    Merci Tariq Ramadan

  6. Le commun des mortels est pris au piège de la nuisance émotionnelle causée par le procédé malsain de la manipulation. Les médias ne s acquittent pas de leur rôle éclaireur , mais oeuvrent à
    Mettre les oeillères à l opinion publique , angoissée et complexée par l insécurité. De nos jours, être conscient , c’est être bien outillé pour débusquer les messages toxiques et savoir maîtriser l émotion nuisible , même au risque de aller à contre_courant de tout le monde. Les moutons de Panurge sont légion .

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