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Les raisons et les fins 4/4

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Les plus anciennes traditions africaines et asiatiques enseignaient l’art d’être en phase et en communication avec les âmes des éléments et la nature. Les Veda, puis les enseignements hindouistes et bouddhiques, ont ceci de commun qu’ils insistent sur les correspondances avec le macrocosme et le dépassement de soi dans la fusion avec l’âme du cosmos. La projection du logos grec, en miroir de la rationalité qui cherche à l’appréhender, est clairement une quête de l’harmonie. Au cœur de l’orthopraxie juive, le sens de la Loi, de l’exil et des principes de la foi appelle le croyant à rester fidèle à l’élection à la lumière de l’Unique, comme les enseignements de la foi chrétienne et le salut par Jésus apportent la bonne nouvelle de la rédemption possible par la grâce et l’amour qui sont foi et fusion. La tradition musulmane de la proximité, du souvenir, de la confiance, avec le cœur et l’intelligence de « ceux qui sont doués de discernement », appelle à cette même quête d’harmonie entre les sens, l’intelligence et le cœur. L’engagement, dès le Moyen Âge, des savants musulmans dans les sciences expérimentales (avec l’essor de la médecine, de la physique, de la chimie et de l’astronomie) répondait à cette intuition fondamentale : le « comment » du monde nous révèle ou nous confirme tout ou partie de son « pourquoi » : « Parmi Ses serviteurs [fidèles de Dieu], ceux qui ont la conscience [la plus profonde] de Dieu sont les savants. » Le lien devait immanquablement être établi.

Des philosophes ont essayé par d’autres voies de faire le lien entre l’ordre de la croyance et celui de la raison en cherchant à établir rationnellement les raisons des croyances ou de la foi. Socrate voulait apporter les preuves de l’immortalité de l’âme. Des penseurs comme al-Kindī, al-Fārābī (IXe-Xe siècle), Ibn Sīna (Avicenne) et Ibn Rushd (Averroès), influencés par la pensée grecque, désiraient également prouver la nécessité du divin et/ou de la révélation au terme d’un raisonnement logique. Les preuves de l’existence de Dieu présentées par Descartes participaient du même désir : en établissant la foi par la raison, en créant un lien, il contribuait à asseoir la vérité et à façonner l’harmonie. Kant, en réfutant la preuve ontologique cartésienne, reformulait – pour lui-même et pour la postérité – les termes du débat : entre la description de la raison pure et les jugements de la raison pratique, il a « dû supprimer le savoir pour lui substituer la croyance ». La science du cœur n’est pas la science de la raison et il faut choisir les termes de leur mariage.

Les spiritualités, les religions et un grand nombre de philosophes contemporains (athées, agnostiques ou croyants) se rejoignent sur une nécessité : celle de penser les finalités de l’action humaine. La religion ne doit pas interférer dans les hypothèses, les méthodes, les théories et les savoirs scientifiques : le big-bang ou la théorie de l’évolution (qui, selon les biologistes contemporains, ne doit pas être réduite aux interprétations darwiniennes) ne peuvent être réfutés au moyen de « preuves » créationnistes promues par les lectures les plus littéralistes des textes religieux. Cela n’est tout simplement pas tenable. Ce serait néanmoins une folie d’offrir une autonomie absolue à une raison analytique et technicienne qui n’aurait pas à se questionner sur les finalités des connaissances et de l’agir humains. La foi doit reconnaître l’autonomie de la raison de même que sa capacité à produire une morale rationnelle et laïque : c’était l’affirmation commune d’un grand nombre d’humanistes jusqu’à Heidegger, Sartre et Camus. De la même façon, la raison doit considérer la légitimité du cœur, de la conscience et de la foi à croire à un ordre et à des finalités antérieurs à ses observations, ses découvertes et ses hypothèses. Dès lors, la distinction des ordres est admise (foi et raison, religion et science) et il est inutile de débattre, voire de se disputer, sur la hiérarchie des vérités premières (dogmes ou postulats) et sur la nature de l’autorité reconnue aux méthodes et/ou aux références (la logique rationnelle ou la révélation) : l’esprit religieux ou spirituel ne reconnaîtra pas la primauté du principe de raison invoqué par l’athée, de même que ce dernier ne saurait adhérer à l’ordre de la foi, de la spiritualité et du cœur invoqué par le brahmane, le croyant ou l’initié. S’il est impossible de s’accorder sur l’origine, les sources, les hiérarchies et les méthodes, il est possible de le faire sur les finalités nécessaires. Que la foi, ou la spiritualité, se réfère à une morale en amont qui oriente la rationalité et l’agir humains et que la raison analytique autonome produise une éthique rationnelle en aval n’est pas un problème en soi : cela doit permettre aux deux horizons de se rencontrer et de participer à la production de cet universel partagé dont nous parlions dans le précédent chapitre. La foi n’a pas à s’immiscer dans les postulats, les hypothèses et les conclusions scientifiques, de même que la raison n’a pas à disqualifier l’essence et la substance de la foi au nom d’un positivisme supposé supérieur. Il est impératif de préserver le choix – et le droit – de l’humain de croire.

De même qu’il faut garantir son droit à débattre, à questionner et à décrire le monde comme il est. L’harmonie doit donc se penser a posteriori : il s’agit de penser ensemble (à partir de nos références multiples) les finalités de notre agir sur le monde. De même, nous devons élaborer de façon plurielle et collectivement les valeurs et principes constitutifs de l’éthique appliquée. L’univers nous impose désormais de penser les fins : Michel Serres relève, dans son Contrat naturel, que l’état de la planète nous impose de reconsidérer la nature de l’autonomie des sciences. Si nous ne réintégrons pas le troisième acteur, la nature, dans nos contrats humains, sociaux, politiques et économiques, nous allons vers notre propre fin. Nous n’avons pas le choix. Nous voici revenus à l’intuition fondamentale des premières spiritualités : l’harmonie de soi à soi, de soi au monde est la finalité ultime et les sens, le cœur et la raison doivent respectivement jouer leur partie dans la symphonie générale. Les futiles disputes sur les sources et l’origine nous font perdre de vue les convergences nécessaires quant à l’éthique et aux fins. La raison doit rester libre et critique et, en cela, elle doit s’obliger à questionner son propre pouvoir et sa potentielle suffisance. La science a besoin d’éthique comme la raison a besoin du cœur. L’athée, dit-on, est un croyant qui s’ignore car il est vrai que personne, jamais, n’est vide d’une foi ou d’une quelconque croyance. Se connaître, c’est mesurer avec humilité la substance de ce que l’on sait et la teneur de ce que l’on croit, en ne laissant jamais ni nos croyances étouffer en nous notre capacité à rester curieux, à questionner profondément et à critiquer inlassablement, ni notre raison analytique nous enfermer dans l’arrogance de ceux qui méprisent, en soi ou en autrui, la grammaire des signes, les prières de l’amour et les savoirs du cœur.

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