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La corruption

La dictature et le clientélisme ont fait un grand ravage dans les sociétés musulmanes. À tous les niveaux de la structure étatique, on peut constater un degré de corruption tel que l’on se demande encore ce qui, au juste, fonctionne sans passe-droit ou dessous de table. La responsabilité en incombe d’abord aux magistrats en place qui sont loin d’être des modèles en matière d’honnêteté et de transparence. De plus, il est difficile d’en vouloir aux petits fonctionnaires et aux hommes du peuple pour qui, finalement, le « bakchich » récupéré tient de la survie. Que dire de ces enseignants qui monnaient leurs cours, de ces agents de la circulation qui font payer leur « aveuglement », de ces administrateurs qui vendent le temps qu’ils font gagner ? La condamnation définitive est délicate tant les conditions de vie sont difficiles. Le seul constat qui s’impose est celui d’une corruption générale ayant pénétré les rouages les plus profonds de l’organisation sociale. Comment, en l’état, réinstaurer un fonctionnement plus moral, plus respectueux des valeurs de justice, d’égalité et de transparence ?

Tout se passe, en effet, comme si nous étions en face d’un cercle vicieux : la dictature, qui encourage les méthodes de survie les plus douteuses qui elles-mêmes empêchent une participation véritable en l’absence de laquelle, au bout du processus, l’autorité inaliénable du souverain se voit confirmée. On est tellement habitué à ces écarts qu’ils semblent participer de la vie sociale et politique la plus normale. La situation des sociétés musulmanes est de ce point de vue particulièrement grave et tout projet qui n’en tiendrait pas compte serait d’office menacé. Le rétablissement d’un fonctionnement plus sain commence par la responsabilisation individuelle à tous les échelons de la structure politique, mais également par la reconnaissance et la restitution des droits fondamentaux dont chacun doit jouir.

Ces quatre écueils ( le cloisonnement des compétences, l’absence de culture politique, l’absence de volonté politique, la corruption) sont loin d’englober l’ensemble de la problématique, mais ils permettent de prendre la mesure du travail à accomplir. La mobilisation de toutes les intelligences – théologiens, ulémas, intellectuels, spécialistes de terrain – est de première nécessité en même temps qu’il devient urgent de créer les conditions qui permettront à la population de s’engager et de participer à la vie politique en luttant contre toute forme de corruption. Rester lucide devant les intérêts en jeu et l’absence de volonté politique des pouvoirs au Nord comme au Sud est impératif et exige que la stratégie détermine les étapes qui, partant de la base, permettront de couvrir l’ensemble du champ social et politique. Devant ces écueils, la seule voie est de ne rien céder au pouvoir répressif et irrespectueux des droits fondamentaux. La détermination, nourrie par la confiance en Dieu, sera plus forte que n’importe quelle arme… elle est une arme, comme on peut le voir aujourd’hui où tant d’années de tortures, d’oppression, d’exécutions ne sont pas parvenues à bout des mobilisations courageuses, des revendications déterminées, des exigences de justice. Devant Dieu, au nom des droits les plus fondamentaux, comme l’a enseigné le Prophète Muhammad (PBSL ) à tous les musulmans de toutes les générations.

C’est l’écho que reconnaîtront – dans le devoir de résistance – les partisans des droits de l’homme en relisant le 3ème considérant de la Déclaration :
Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. Le combat pour la réalisation de ce « régime de droit », qui est l’un des fondements du politique en islam, passe par le devoir de résistance à « la tyrannie et l’oppression ». Aussi loin que les forces et la patience pourront le supporter. Et si les populations et les pouvoirs du Nord se taisent ou continuent à soutenir l’insoutenable, la « révolte » sera le prix à payer pour leur folie et leur inconséquence. Leur injustice, dans la complicité, la complaisance ou la passivité, sera responsable alors de la violence produite par ceux que l’on étouffe en leur reprochant de s’en plaindre et de crier. Peut-être faudrait-il rappeler ce mot du Prophète (PBSL) pour qu’il trouve quelque résonance dans les consciences : « Crains la prière de celui qui subit l’injustice, car entre cette prière et Dieu, il n’est point de voile. » (1)

Confiant en cette prière, nourris par les orientations des sources, accompagnés par les analyses, les recherches et les conseils des hommes et des femmes compétents, le travail à la base semble être aujourd’hui la première étape de l’engagement politique. Il serait bon, au demeurant, que l’on revienne de cette perversion qui consiste à penser que la prise du pouvoir seule est politique et qui entraîne de trop nombreux mouvements vers l’action à brève échéance. Certes l’appui et l’engagement de l’État sont, à partir d’un certain seuil d’action, nécessaires ; mais dans l’état actuel de la situation de nos sociétés, la route est longue encore et demande à ce que la première étape de l’activité politique reste l’action sociale.

(1) Rapporté par al-Bukhâri et Muslim.

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