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Les leçons de l’histoire

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Le grand mouvement qui va naître en Europe dès le xvie siècle va apporter des changements considérables sur les trois plans économique, politique et social. La modernisation économique va transformer la société et elle sera, au premier chef, synonyme d’enrichissement et d’amélioration des conditions de vie. Sur le plan politique, on assistera à la lente création de l’État de droit, à une reconnaissance de la liberté individuelle et religieuse portée par la sécularisation et, enfin, à la naissance des sociétés démocratiques ouvertes. La sphère sociale tirera un profit évident de l’ensemble de ces bouleversements : les droits de l’individu et du citoyen, ses droits sociaux (travail, participation, représentativité), suivront la même évolution positive.

À comparer les deux modèles de sociétés (féodale et civile), qui pourra nier cet apport de la modernisation en Europe ? Qui pourra remettre en cause le bien-fondé de la modernité ? À considérer les faits sous cet angle, elle a tout offert à l’homme en Occident : de la liberté au savoir, de la science à la technologie. Bref, elle l’a rendu à son humanité, à ses responsabilités.
Pourtant, de plus en plus de voix se font entendre qui critiquent, parfois sans aucune nuance, la modernisation et les principes qui fondent la modernité. En analysant les sociétés actuelles, certains intellectuels font le reproche de l’excès (sans pouvoir désigner clairement des responsables) : à force de privilégier la rationalité, l’efficacité et le rendement pour plus de progrès, nos sociétés sont au bord du gouffre. Sur le plan économique, on assiste à une course continue à la croissance avec la conséquence d’une incroyable fracture entre le Nord et le Sud ; sur le plan politique, l’idéal démocratique se disloque ; sur le plan social, le chômage et l’exclusion sont le lot d’un nombre croissant d’hommes, de femmes et d’adolescents.

Retour du pendule. La modernisation fut, à son origine, une révolution. Exprimant un refus, elle s’actualisait contre un ordre et chaque barrière levée était en soi un bastion libéré, un gain de liberté. Dans le même temps, elle traduisait un optimisme illimité et une foi profonde en l’homme : sans autre autorité que son esprit, sans autre norme que le réel, il lui revenait d’établir les valeurs et de fixer les limites pour le bien de l’humanité. Comme toutes les révolutions, celle-ci n’a pas échappé aux excès : trop souvent, les moyens de la libération sont devenus des fins en soi dans une amnésie de toutes valeurs normatives. La liberté a appelé la liberté et le changement a entraîné le changement ; l’efficacité et le rendement dans la production de l’utile sont désormais la mesure du bien, la croissance s’auto-justifie au sein d’un processus qui privilégie le pragmatisme le plus outrancier et qui fait de toute référence identitaire ou traditionnelle l’ennemie ré-actionnaire, amoureuse d’un passé heureusement dépassé. La rationalité est devenue la vérité et le progrès le sens et la valeur. Avec la naissance de notre siècle est née une nouvelle idéologie : le modernisme. C’est clairement une distorsion du premier élan mais, dans le même temps, il semble que cela en soit l’aboutissement logique. Les défenseurs de la modernisation, à cause du donné historique, ont voulu se couper de toutes références pour s’élancer vers l’avenir en toute liberté. Au nom de cette même liberté, les idéologues du modernisme ont fait de cet élan la référence elle-même, la référence unique. Elle aura pour nom croissance, progrès, science ou technologie : le substrat est le même.

L’Occident, aujourd’hui, traverse une crise que l’on peut traduire, avec Touraine, comme « une crise de la modernité »1. La rationalisation élevée au rang de doctrine infaillible marque ses limites et l’homme, qui devait à l’origine devenir maître du jeu, est dépassé par la logique qu’il a mise en branle. Les forces d’attraction conjuguées à l’efficacité, au rendement, à la croissance, à l’investissement et à la consommation ont dépossédé l’homme d’une partie de son humanité. Sans références, à la recherche de valeurs nouvelles (d’une éthique), il subit plus qu’il ne décide du sens du progrès et de la marche vers l’avenir. De crises économiques en crises politiques et sociales, de déséquilibres Nord-Sud en déséquilibres écologiques, il devient impératif pourtant que l’homme redevienne le Sujet de son histoire, qu’il réinvestisse les divers champs d’activité afin de fixer des priorités, des limites, un sens ; à défaut de pouvoir déterminer des valeurs.

Il est difficile, on le voit, de dissocier les aspects positifs et négatifs de la modernité. À son origine, elle est une revendication de liberté et d’autonomie de la raison dans une acceptation du changement. L’évolution en cours depuis le xviie siècle, et principalement au xxe siècle, a provoqué des excès et donné naissance à une idéologie. C’est ce que nous avons tenté de mettre en évidence et ce travail de défrichage, tel que nous l’avons effectué dans notre première partie, va nous permettre de ne pas faire de confusion dans l’emploi des termes ni de verser dans l’amalgame : celui-ci consisterait, par exemple, à confondre le processus de modernisation avec sa traduction excessive récente et ainsi, dans l’élan, à justifier tous les rejets. De la même façon, en réinsérant le processus d’accès à la modernité dans son histoire européenne, il nous sera possible d’éviter les comparaisons inopérantes et, surtout, de ne pas confondre modernité et occidentalisation.

Car accepter les principes de liberté, d’autonomie de la raison ou du primat de l’individu est une chose, mais c’en est une autre de les identifier à la seule histoire occidentale qui a vu leur accession au champ social se faire à la suite d’un conflit dont on mesure encore mal l’ampleur et les conséquences sur les mentalités. L’Occident a donné une forme particulière à la modernité : elle participe de son histoire et de ses références. Une autre civilisation pourrait, de l’intérieur, fixer et déterminer les enjeux de façon différente : c’est le cas de l’Islam en cette fin de xxe siècle.

1 commentaire “Les leçons de l’histoire”

  1. Comment peut-il y avoir autant d’inadvertance d’intolérance parmi les progrès…, l’intérêt général ou commun deviendrait-il subliminal…, à quels seuils la richesse n’a rien de grave à déclarer…, quelle critique peut valoir moins que de l’or ou de l’air…, dans quelle mesure la division crée la résistance…, …

    En plantant 3 arbres, ou plus, de même essence/espèce…à des périodes très différentes, donc espacées de plusieurs siècles par exemple…ne laisse sous estimer aucun réalisme, aucune valeur, différent)e équivoque ou injuste à la temporalité à la qualité et à la faculté d’une même excellence…

    Quel qu’il soit, et sont-ils parfois plusieurs, les composés actifs évolutifs et déterminants d’une dite idéologie ne peuvent se conjuguer s’investir s’entendre hors universalité; il en ressort plus souvent que jamais que l’existence indéfinissable de toute expérience n’est ni le fruit ni l’aboutissement d’une pensée d’une idée et/ou d’un esprit mais plutôt le cœur le moteur et/ou la matière, d’un ensemble…

    Le manque de tolérance est universel, rien ne le dit aussi justement mais rien ne le cache aussi réellement, et ce n’est pas en répondant en moins de trois secondes ou en plus de 300 000 milliards de mots que la véracité du « phénomène » disparaît se dissout ou s’inverse à toute l’humanité…

    De nouveaux* « ordres »/principes, et Vous en citez quelques uns, ne peuvent ironiser toutes leurs difficultés, autant tant d’anciens* n’ont pu/su harmoniser tous leurs procédés, en cela, et pour chacun*, toute la mesure humaine, dans ses moindres détails, ne peut être l’oeuvre le dessein et/ou la gloire, infime ou immense, d’un mythe ou d’un objectif surnaturel…

    Visible et partial, courant et croissant, indigne et mortel, …, mais en tous cas beaucoup trop au bord du triple, le double excès entre la valeur des mondes et le monde des valeurs plonge souvent l’équilibre et la dignité dans l’ignorance, et/ou il défend la raison et le sens dans l’amertume, alors, dans leurs tristes égalités autant que dans leurs folles libertés, combien de différences, combien d’indifférences, sont font et transforment, comme par autre origine des frontières, les totaux des taux des maux, au lieu d’élever d’encourager et d’imaginer les réalités des humanités des fraternités…

    (50,51,52,…diviser par 2, 3, 4…par 0 ne servirait à rien…)…Construire c’est assembler, assembler c’est réunir, réunir c’est ajouter, ajouter c’est réaliser…, anormaux et nombreux, les « replis » multiples et communautaires, voire étatiques, n’informent guère sur les prochaines possibilités et les évidentes grandeurs d’un avenir meilleur, ou appréciable, ou pacifié, …, ainsi « ceux là » récidivent dans leurs illégitimes responsabilités et, mais, « ils » offrent, en quelque sorte, en toute faiblesse, partout le choix et la force incomparable et inévitable de la responsabilité légitime des peuples, toujours plus conscients, jamais moins vivants, …

    …merci…

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