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Société 3/5

Après les premières questions philosophiques (sur l’être), nous voilà parvenus au deuxième cercle de notre cheminement paradoxal sur les traces de la liberté. Quel sens peut donc avoir une réflexion sur la liberté si la société ne me garantit aucune des conditions de mon humanité ? À mi-chemin entre l’approche sociologique et l’étude philosophique, il faut commencer par formuler les vérités simples et pourtant essentielles : il n’y a aucune liberté, ni aucun pouvoir, si les besoins humains de première nécessité ne sont pas assouvis. Les histoires de Hayy et de Robinson, comme les projections nourries par le mythe du « bon sauvage » de Montaigne, regorgent de nombreux a priori implicites sur le statut de l’homme. Dans son état de nature, l’homme mange, boit et satisfait ses besoins élémentaires et cela lui permet de passer à l’étape supérieure du questionnement philosophique. En octroyant le minimum vital, l’environnement libère l’individu des contraintes des premières causalités objectives qui immanquablement déterminent le comportement humain. Or, ce qui semble un acquis à l’état de nature (et est clairement absent des réflexions de trop de philosophes) n’a jamais été la réalité quotidienne et objective pour des milliards d’êtres humains à travers l’Histoire et le monde contemporain. La pauvreté, la misère et l’injustice des sociétés ont parfois renvoyé les êtres humains à un statut de régression en deçà même de l’état du bon « sauvage »…

Avant donc de s’intéresser à la liberté de penser et d’agir, il convient d’observer le monde et de répondre aux priorités de l’époque, aux besoins humains et physiologiques. La première liberté est celle que l’on atteint lorsque l’on a assouvi ses besoins naturels élémentaires : pouvoir manger, boire, se protéger des dangers de l’environnement et assouvir sa sexualité sont des conditions sine qua non d’accès à l’idée même de liberté. Priver l’être humain de ses droits et pouvoirs élémentaires, c’est effectivement le renvoyer à ce qui va le déterminer, accaparer tout son être et l’emprisonner, en amont même de son humanité : il est un individu sans réelle liberté et les « libertés » que peut prendre sa pensée ou son imagination n’y changent rien. Une société humaine qui ne pourvoit pas ce minimum à ses membres leur vole leurs droits, leur dignité et leur humanité. Nous en sommes là aujourd’hui pour des milliards d’individus : alors que nous entamons notre cheminement circulaire en quête de « liberté », nous rencontrons ici le premier écueil, le premier obstacle réel, palpable, brut, qui déjà stoppe notre cheminement : parler de liberté dans la misère, c’est philosopher sur l’humanité de l’inhumain. Les sciences sociales rappellent ici à l’ordre la philosophie : c’est aussi ainsi qu’il faut lire et comprendre les réflexions philosophico-politiques, économiques et sociologiques qui parcourent le XIXe siècle en Occident. Une industrialisation forcenée, un accroissement de la pauvreté, des fossés qui se creusent entre les classes, un sentiment de déshumanisation des systèmes de production et de la société en général : le socialisme utopique de Fourier, d’Owen ou de Proudhon, le socialisme scientifique de Marx et d’Engels jusqu’à la pensée de l’anarchiste Bakounine sont d’abord interpellés par ces réalités sociales et économiques brutes et brutales. C’est à ces réalités que fait allusion le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme parce qu’elles conditionnent toute l’entreprise en faveur des droits, des libertés et de la paix.

Quand la raison humaine se libère enfin des contraintes des instincts, des besoins du corps et de sa propre survie, elle découvre le monde, se découvre et cherche à comprendre. Parmi les dispositions presque immédiates de la conscience humaine, on trouve l’aspiration naturelle, le désir, le besoin d’apprendre et de connaître. Interagir avec l’environnement et les humains, dialoguer et réfléchir sur soi et autrui, maîtriser les principes élémentaires de la causalité naturelle sont les premières sphères de l’éducation qui, au-delà des besoins de première nécessité, développent et parachèvent l’humanité de l’homme. Si la première condition de la liberté tient au fait de garantir à l’homme le droit d’assouvir ses besoins vitaux, l’éducation est la seconde condition qui détermine l’essence même de cette liberté dans le domaine intellectuel et psychologique. Il est question d’offrir à l’individu les outils nécessaires à l’autonomie de son esprit, de son être, de son individualité : constater le pouvoir de sa volonté ne suffit pas, encore faut-il en devenir l’agent. L’éducation est ce qui permet à l’être humain de devenir le vrai « sujet » de sa liberté. Elle est une nécessité, elle est un droit. Dans le prolongement, mais également au-delà, de ses réflexions sur l’état de nature, Rousseau est mû, dans son projet idéaliste d’Émile ou De l’éducation, par cette intuition fondamentale : l’éducation est l’essence de l’humanité de l’homme social et la condition de son autonomie et de sa liberté parmi ses semblables.

Il faut alors ajouter les droits inaliénables. Nous l’avons dit, une société qui nie les besoins élémentaires des êtres humains et qui ne leur garantit pas un minimum d’éducation les déshumanise. Si, au demeurant, elle ne leur permet pas d’exercer leur liberté de conscience, de pensée, d’expression et d’action, elle les emprisonne. Les lois communes et l’acceptation – volontaire ou non – de contraintes nécessaires pour vivre ensemble dans la société civile supposent néanmoins que des principes soient établis et imposent qu’aucun individu – femme ou homme – ne puisse être privé de son statut de sujet, rationnel et autonome. Ici, comme nous le relevions au début de ce chapitre, les lois permettent, en miroir, de déterminer le champ des libertés offertes à l’individu et à la collectivité. Les libertés individuelles et civiles sont autant de droits que doivent protéger les collectivités humaines : en permettant ainsi à l’individu de réaliser toutes les potentialités de son être, elles lui octroient les pouvoirs relatifs à son humanité et à son statut de sujet. Un être humain qui se sait être, être libre, et n’être pas seul. C’est le sens de la formule de Rousseau : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », dont l’esprit était déjà présent dans les philosophies du droit les plus anciennes, des Douze Tables du droit romain (inspiré par la pratique grecque) qui reconnaît les droits de la plèbe aux traditions juridiques médiévales du judaïsme (avec Maïmonide notamment) et de l’islam (qui distingue dès le VIIIe siècle les droits de Dieu et les droits des hommes les uns envers les autres). Saint Thomas d’Aquin et Duns Scott (malgré leur opposition sur Dieu, la raison et la foi) empruntent les voies de ces réflexions et les élargissent à l’univers chrétien, notamment avec la réflexion sur la rationalité et le sens de la relation contractuelle.

En deçà des philosophies sur l’être, la liberté et la responsabilité, l’équation est très claire : toute société qui ne garantit pas les conditions de survie et de vie à chacun, l’éducation à tous et l’État de droit comme garant des libertés individuelles (dans la gestion des relations interpersonnelles) est une société qui manque aux droits humains élémentaires. Elle prive ses membres de leurs potentiels et de leurs pouvoirs et elle les invite à s’illusionner sur l’immensité du pouvoir offert par la virtualité de leur vouloir, de leur rêve et de leur imagination.

1 commentaire “Société 3/5”

  1. Des millions de gens en France vivent dans une précarité en terme de logements mais aussi en terme d’alimentaire. Pourquoi autant de gens mal-logés ou sans logement dans une société française qui n’a jamais bâtit autant? Pourquoi autant de gens ont recours à l’aide alimentaire ou aux paniers repas dans une société où les géants de la distribution croulent sous les surplus? D’où vient cette pauvreté? Pourquoi autant de gens au chômage en France (>5 M) ? Pourquoi une telle raréfaction du travail autant dans sa quantité que dans sa diversité (secteurs d’activités)? Tout cela nous ramène à la politique économique d’un pays. Celle, notamment, qui consiste à laisser faire des états et des grands groupes(alimentaires, énergétiques, pharmaceutiques, bancaires, …) comme ils l’entendent, par quelques moyens que ce soient ( traité transatlantique, traité de Lisbonne, spéculation, délocalisation, exonération de l’impôt sur le revenu, abolition des taxes douanières, concurrence “libre et non-faussée”,…)! Une économie du profit et de l’intérêt d’un nombre réduit de gens qui régirait l’économie réelle de millions d’autres; c’est aberrant mais réel… La solidarité, certes… Mais suffira t-elle à sortir des millions de gens toujours plus nombreux de la précarité quelle qu’elle soit dans des conditions pareilles? A moins d’un changement politique…

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